Ecologie : réponse à Bruno Gollnisch

Dans une note de blog en date du 8 décembre 2014, le dirigeant frontiste Bruno Gollnisch revient sur la tentative du FN d’émerger lui aussi comme un parti écologiste. La tentation était trop forte, l’écologie c’est à la mode. Le Front National ne pouvait faire l’impasse sur cette question. Si je dis mode c’est bien parce qu’à la différence d’autres formations politiques qui développent une pensée et un programme, ce soudain intérêt pour la question se caractérise d’ores et déjà par une absence totale de réflexion. Une espèce de gloubi-boulga idéologique où tout est dit et son contraire. En si peu de lignes, c’est déjà un exploit en soi.

La lettre de mission du collectif « Nouvelle Ecologie » est « d’une part, rassembler les patriotes en phase avec la ligne nationale-étatiste du FN et sensibles à la question du développement durable; de l’autre, plancher sur le programme environnemental de la future candidate à l’élection présidentielle ». Intéressante référence au développement durable. D’autant plus dans la mesure où Bruno Gollnisch justifie cette référence « en parfaite filiation frontiste » contre « le mondialisme ». Le développement durable, cette idéologie capitaliste qui vise à déposséder les peuples de leur souveraineté au profit d’un capitalisme mondialisé et repeint en vert est donc la référence écologique du Front National. On attendait plus de précautions de la part du FN pour se lancer sur le terrain de l’écologie.

D’une certaine façon, le FN s’est bien préoccupé de cette question auparavant. En tout cas suffisamment pour que ses élus prennent des positions bien arrêtées sur différents sujets liés à l’environnement. Marine Le Pen d’abord qui, en bonne productiviste, s’était opposée en 2013 à l’interdiction du chalutage en haute mer, pratique directement responsable des effondrements constatés des écosystèmes marins. Il devient bien difficile de voir comment soutenir cette position en même temps que « la défense de l’harmonie entre la nature et l’activité humaine » pour citer le blog du dirigeant frontiste. Ce vote de Marine Le Pen est l’exact opposé : une activité humaine en totale contradiction avec les équilibres écosystémiques d’une part, et y compris avec la soutenabilité même de l’activité de pêche et de notre capacité à nourrir durablement les peuples à partir des produits de la mer.

Plus récemment encore, nous pouvons citer les positions pro nucléaire du FN qui, à l’instar de l’UMP et du PS, soutient totalement l’industrie nucléaire en reprenant des arguments totalement fallacieux comme l’indépendance énergétique que permettrait le nucléaire quand nous importons 100% de notre uranium. Philippe Murer, chargé du collectif Nouvelle Ecologie n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins : on ne peut pas se passer à la fois des hydrocarbures et du nucléaire. Méconnaissance totale du scénario Négawatt par exemple. Surtout, il revient sur l’idée éculée que le nucléaire est une énergie peu chère. Argument identique de la campagne de Sarkozy on s’en souvient, identique à celui utilisé par François Hollande et son gouvernement lors des discussions sur la loi de transition énergétique. On attend avec impatience de voir comment cet économiste réussira à démontrer économiquement cet argument sans se ranger derrière le PS et l’UMP pour prolonger la durée de vie de centrales à bout de souffle sans provisionner les charges de démantèlement, sans prendre en compte les couts d’un accident nucléaire et sans maintenir l’exploitation des travailleurs détachés.

D’autres notent encore les contradictions qu’il existe entre la lutte affichée contre la pollution urbaine et les votes des élus frontistes contre le développement du train dans les Conseils Régionaux ou ceux favorisant toujours plus les dépenses en faveur de l’automobile au détriment du développement de ses alternatives pour les travailleurs.

Justement, Monsieur Gollnisch est élu régional. En Rhône-Alpes. D’après l’un de ses collègues, lui aussi élu régional en Rhône-Alpes, le réchauffement climatique n’est pas démontré. Plus loin et plus fort que les climato-sceptiques qui récusent l’incidence de l’activité humaine sur le réchauffement climatique, le FN nie le réchauffement climatique. C’était en 2011 … :

« Nous nous opposons aux frais de communication qui consistent à annoncer la catastrophe climatique avec toujours de plus en plus de véhémence, alors qu’aucune étude n’est en mesure de démontrer l’incidence à long terme des émissions de gaz à effet de serre sur l’évolution du climat »

A lire la note de blog de Bruno Gollnisch, on croirait même lire que le FN est contre le barrage de Sivens. Je le cite à nouveau :

Incarnation de la gauche progressiste euromondialiste, Manuel Valls était hier soir l’invité du JT de France 2. Non pas pour parler écologie, puisqu’il s’est  cantonné à dire que dans les dossiers du barrage de Sivens ou de  l’aéroport Notre-Dame-des-Landes « force doit rester à la loi ».

Vous comprenez comme moi qu’il ne semble pas d’accord avec cette position du premier ministre ? Pourtant, la position du FN sur le sujet est rappelée par un communiqué récent : « le Front National demande à ce que le gouvernement français refuse d’abandonner le projet sous la pression de la Commission européenne ». Pour le FN, dans le même communiqué, le barrage est « un projet d’intérêt général, qui plus est structurant pour les territoires ruraux ».

Maniant avec expertise le double langage le FN soutient le projet de Center Parc de Roybon. Il soutient ce projet tout en étant « vigilant pour que le projet respecte la biodiversité ». Alors même que les conséquences qu’il aura en matière de déséquilibres écosystémiques sont attestées. A peine engagés sur le terrain de l’écologie, voilà le FN déjà rangé derrière les tenants des compensations et autres fausses solutions permettant au système de poursuivre son activité mortifère … mais repeinte en vert.

Car tout ceci en réalité est bien, comme l’indique Bruno Gollnisch, une filiation étroite entre une politique réactionnaire, compatible avec le développement durable, et le capitalisme financier. Le développement durable est l’équilibre merveilleux de la main invisible du marché entre les sphères économiques, sociales et environnementales. C’est en creux une négation totale de l’existence de rapports de forces. Il faut donc, d’après deux responsables du collectif écolo du FN « une négociation « apaisée » avec les entreprises pour qu’elles réduisent leurs émissions de CO2 ». Comme Valls et Hollande qui aiment l’entreprise et le MEDEF ou Sarkozy avant lui, le FN est un partisan du patronat. Le FN dénonce donc d’un côté les lobbys « qui ont pignon sur rue à Bruxelles » pour proposer de l’autre de négocier avec eux. C’est ce qui les conduit certainement à parler d’encadrement des pratiques agricoles d’un côté et de soutenir le patronat agricole productiviste en Bretagne où au Testet de l’autre, celui qui exploite à la fois ses salariés et les ressources naturelles.

Au FN, sur la question écologique comme sur le reste, entre les déclarations et les actes, il n’y a qu’une bonne opération de com’ qui permet de masquer qu’ils défendent les intérêts des puissants contre ceux des travailleurs.