Dieudonné : le double piège des sociaux libéraux

« Affaire Dieudonné ! Demandez l’affaire Dieudonné ! Tout sur l’affaire Dieudonné ! ». Rengaine de l’oligarchie et des médias bien heureux de pouvoir vendre leurs papiers. La TVA vient d’augmenter au cœur de la tourmente sociale, chaque jour apporte son lot de licenciements, de délocalisations, le Sénat protège Dassault. Et surtout, Hollande vient d’accélérer sa politique réactionnaire. Mais l’important, c’est Dieudonné.

Voilà le plus gros coup de communication de toute sa carrière. Ça fait quoi … 10 ans que ce type est boycotté par tous les médias. Et facilement 5 ans que ses spectacles et ses tournées sont de ce niveau là. Las, Lemonde.fr actualise tellement ses infos qu’il est en permanence a la une du site. Mais ce n’est qu’un exemple. Pourquoi maintenant, pourquoi comme ça?

Dans cette période, le rôle de la gauche – et cela devrait être le rôle du Front de Gauche – est de décortiquer un tel évènement, de montrer pourquoi cela se passe de cette façon, quels sont les ponts et les intérêts entre les sociaux libéraux et la mise en avant subite, j’insiste, de Dieudonné.

Interdiction et censure : des raisons d’antisémitismes ?

Quelques voix s’élèvent néanmoins. C’est le cas du NPA, de la LDH ou du Syndicat de la Magistrature par exemple. Personnellement, je ne partage pas l’idée qu’il y aurait une censure a priori. Le spectacle de Dieudonné est connu, les propos qui y sont tenus aussi. Sa tournée c’est son spectacle « Le Mur ». Mais si interdiction il doit y avoir, c’est à la justice de le faire. Ce que fait Valls rompt purement et simplement avec la séparation des pouvoirs. Pourquoi ? Pour propos antisémites ?

Malheureusement pour ceux qui demandent l’interdiction, la circulaire est on ne peut plus claire. « Si la liberté d’expression doit être garantie, comme toutes les libertés publiques, elle doit être conciliée avec d’autres principes ou objectifs à valeur constitutionnelle ». La lutte contre le rascisme, l’antisémitisme ? Perdu. Lisez plutôt. « au nombre desquels figure la préservation de l’ordre public ». Bingo !

Et plus loin. « Depuis l’arrêt de principe du Conseil d’Etat Benjamin du 19 mai 1933 (Rec p. 541), les conditions dans lesquelles l’autorité investie du pouvoir de police peut interdire  la tenue d’une réunion publique ou d’un spectacle ont été précisément définies par la jurisprudence :

  • l’existence de risques graves de troubles à l’ordre public induits par cette manifestation ;
  • l’impossibilité de prévenir ces troubles par des mesures de police appropriées, moins attentatoires aux libertés que l’interdiction »

À tout mettre sur le même plan, on confond tout. Où s’arrête l’interdiction? Qu’en est-il des manifestations de syndicalistes, de l’opposition de gauche ? Avec les 5 de Roanne et les autres, on connaît déjà la réponse. Et deux gamins viennent d’être renvoyés de leur bahut définitivement pour une quenelle. Deux mineurs qui n’ont visiblement rien compris et avaient juste envie de faire chier. Excusez l’expression.

Voilà ce que tout le monde applaudit des deux mains et demande à Valls. A quel moment cela commence, à quel moment cela s’arrête ? N’importe quel militant de gauche normalement constitué se pose cette question légitime lorsqu’il lit la circulaire de Valls.

Le grand piège social libéral

Et puis cette analyse linéaire nous fait manquer le fond des choses. Dieudonné est la porte d’entrée de la maison fasciste et antisémite et Soral en est le foyer. Comme tout foyer, si la porte saute, il suffit d’augmenter la force du feu. Mais ici, plutôt que de nous attaquer au fond du problème dans cette affaire, l’opposition de gauche participe du coup de projecteur sur la porte d’entrée de cette maison. C’est absurde. Nous combattons l’écume des vagues !

Mais voilà, Valls fait sa communication en même temps que celle de Dieudonné. Et trop nombreux sont ceux, à gauche, qui lui emboîtent le pas. Je ne m’y reconnais pas. Tout cela va avec la stratégie libérale et réactionnaire de Hollande. Ce qui se déroule sous nos yeux n’est ni plus ni moins que l’achèvement de l’histoire démarrée en 1983 avec le virage libéral d’un côté et l’ennemi raciste de l’autre. Pendant que l’oligarchie fait du FN une droite acceptable, on se trouve un nouvel ennemi en pleine accélération de la politique réactionnaire du gouvernement. Exit tout commentaire sur Hollande qui accélère son porte-parolat du Medef. Valls hier ennemi, rassemble presque comme jamais.

C’est la vision manichéenne des « Touche pas à mon pote », de « la ligne rouge qui est franchie », d’un côté les gentils, de l’autre les méchants. Tout semble s’analyser de façon linéaire, sur le même plan. Hollande et Valls, de la gauche à l’UMP, tout le monde condamne, demande l’interdiction. Et Le Pen en profite pour se porter en garante de la liberté d’expression … dont le père est parrain d’un des enfants de Dieudonné. On croit rêver, on se frotte les yeux, c’est le monde à l’envers. Mais non, malheureusement. Il y en a plus d’un qui aurait rêvé de cette unité de parole. Dieudonné a des propos scandaleux. Sauf que toute cette histoire le sert lui et Hollande. D’abord. C’est la triste réalité.

Si cette affaire se poursuit, ce qui est malheureusement à craindre, seul le gouvernement, seules les finances du théâtre de la Main d’or et d’Egalité et Réconciliation en profiteront. Le masque que porte l’accélération réactionnaire du gouvernement est décidément diablement efficace.